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Mars 2026

Acides aminés : le maillon caché de nos élevages

Bovins mangeant du foin à l'auge dans une stabulation

Méthionine, lysine, thréonine : ces termes techniques désignent des acides aminés, des molécules indispensables à la production de protéines. Dits « essentiels », ils ne sont pas fabriqués naturellement par les animaux (ni par les humains) et doivent être apportés par l'alimentation.

440 000 tonnes
Consommation d'acides aminés par les pays de l'UE en 2024
6% / 0%
Part de la production assurée par l'UE pour la lysine et la thréonine
5x plus élevé
Impact carbone d'un acide aminé chinois versus français
€
1 milliard €
Facture d'importation de la seule lysine pour l'UE
Sources : World Bank Group, FEFAC, Ecoalim, Aviagen
Une utilisation loin d'être marginale dans les élevages européens

Depuis l'après-guerre, les élevages de volaille et de porc utilisent ces acides aminés fabriqués synthétiquement pour améliorer le rendement des productions animales, mais aussi pour réduire les pollutions liées au régime alimentaire (excès d'azote rejeté dans l'eau et les sols). Cela ne représente que 2 à 3% de l'alimentation quotidienne d'un poulet de chair (source : Aviagen) — mais ramené à l'ensemble des cheptels européens, l'UE a consommé plus de 440 000 tonnes d'acides aminés en 2024 (source : World Bank Group).

Une dépendance très forte à la Chine

Paradoxalement, ces matières premières sont quasiment exclusivement importées : l'UE ne produit que 6% de ses besoins en lysine, et 0% de ses besoins en thréonine (source : FEFAC). 80% du marché mondial de la lysine et de la thréonine est assuré par la Chine.

Des impacts financiers et environnementaux significatifs

Cette dépendance a un coût des deux côtés :

  • Environnemental — l'impact carbone d'un acide aminé chinois est 5 fois supérieur à celui d'un acide aminé français, principalement fabriqué à partir de charbon (source : Ecoalim).
  • Économique — la seule facture d'importation de lysine s'élève à 1 milliard d'euros pour l'UE à 27 (source : World Bank Group), un montant qui grimpe encore en ajoutant méthionine et thréonine.
Une dépendance vouée à s'accentuer

La filière volaille prévoit la construction de 400 poulaillers d'ici 5 ans pour répondre à la demande — une ambition salutaire quand on sait qu'une volaille consommée sur deux est aujourd'hui importée en France. Mais la souveraineté de la filière avicole ne se limite pas à construire des bâtiments en France : elle suppose aussi de relocaliser en Europe la production de ces acides aminés (initiatives Eurolysine, Adisseo), de décarboner l'énergie utilisée pour chauffer et ventiler les élevages, et de travailler sur le reste de la ration alimentaire — dont une large partie des intrants est également produite hors d'Europe.

Therismo Conseil

Cabinet de conseil en transition environnementale pour l'agriculture et l'agroalimentaire.

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