
Méthionine, lysine, thréonine : ces termes techniques désignent des acides aminés, des molécules indispensables à la production de protéines. Dits « essentiels », ils ne sont pas fabriqués naturellement par les animaux (ni par les humains) et doivent être apportés par l'alimentation.
Depuis l'après-guerre, les élevages de volaille et de porc utilisent ces acides aminés fabriqués synthétiquement pour améliorer le rendement des productions animales, mais aussi pour réduire les pollutions liées au régime alimentaire (excès d'azote rejeté dans l'eau et les sols). Cela ne représente que 2 à 3% de l'alimentation quotidienne d'un poulet de chair (source : Aviagen) — mais ramené à l'ensemble des cheptels européens, l'UE a consommé plus de 440 000 tonnes d'acides aminés en 2024 (source : World Bank Group).
Paradoxalement, ces matières premières sont quasiment exclusivement importées : l'UE ne produit que 6% de ses besoins en lysine, et 0% de ses besoins en thréonine (source : FEFAC). 80% du marché mondial de la lysine et de la thréonine est assuré par la Chine.
Cette dépendance a un coût des deux côtés :
La filière volaille prévoit la construction de 400 poulaillers d'ici 5 ans pour répondre à la demande — une ambition salutaire quand on sait qu'une volaille consommée sur deux est aujourd'hui importée en France. Mais la souveraineté de la filière avicole ne se limite pas à construire des bâtiments en France : elle suppose aussi de relocaliser en Europe la production de ces acides aminés (initiatives Eurolysine, Adisseo), de décarboner l'énergie utilisée pour chauffer et ventiler les élevages, et de travailler sur le reste de la ration alimentaire — dont une large partie des intrants est également produite hors d'Europe.