
20% de la nourriture consommée aujourd'hui en France est importée, contre 10% il y a 20 ans. Dans le top des références d'un supermarché figure la pâte à tartiner, composée d'huile de palme, de sucre... et de noisettes. C'est cette dernière qui concentre à elle seule plusieurs enjeux agricoles et alimentaires actuels.
La production mondiale de noisettes est concentrée dans une zone géographique précise : la Turquie. Quand la récolte y chute de 36% en un an sous l'effet des aléas climatiques et des maladies, les chaînes d'approvisionnement se tendent et les prix peuvent doubler. Une question se pose alors : comment vont évoluer les bassins de production dans les prochaines années ?
La France assure seulement 12% de sa consommation avec sa propre production. Certes, la noisette reste un produit plaisir plutôt qu'un aliment de base — mais une telle dépendance mérite d'être questionnée.
Face aux deux principaux ravageurs de la culture — le balanin (un charançon) et la punaise diabolique — les réglementations divergent fortement. La Turquie, premier producteur mondial, autorise 15 substances actives, contre seulement 2 en France. Conséquence directe pour les producteurs français : en l'absence de produits efficaces, la Fondation pour la Nature et l'Homme évalue la perte de rendement à 20-30%, et le surcoût de production à 25-40%.
Alors que l'accord avec le Mercosur agite l'actualité, le cas de la noisette illustre bien les failles d'un système de concurrence qui n'intègre pas le coût environnemental dans ses logiques économiques — au risque de fragiliser, voire de détruire, des filières agricoles entières.
Retrouver l'autonomie sur la filière noisette suppose de produire l'équivalent de 30 000 hectares supplémentaires — soit à peine 0,001% de la surface agricole utile française, mais approximativement la surface des vignes actuellement arrachées en France. Ce sujet ne concerne pas seulement notre autonomie alimentaire : il touche aussi à la diversification et à la pérennité des modèles agricoles français.