
Au cours d'un périple à vélo, et après de nombreux efforts physiques, je me suis permis quelques sorties au restaurant. Et là, surprise : sur plusieurs cartes, l'origine indiquée pour le poulet était la Thaïlande. 🇹🇭 Un détail qui passe inaperçu, mais qui pèse lourd sur l'empreinte carbone de la restauration hors domicile (RHD).
On savait déjà qu'environ un poulet sur deux consommé en France est importé, principalement depuis le Brésil et l'Ukraine (source : Interprofession ANVOL). La Thaïlande, elle, surprend davantage : le pays a abattu 1,34 milliard de poulets en 2024 (FAOSTAT), soit 72% de plus que la France, avec des géants de l'agroalimentaire comme Charoen Pokphand Foods très présents à l'export. Cette origine se concentre sur les produits transformés — aiguillettes panées, wings, filets frits — c'est-à-dire précisément là où elle est la moins visible pour le consommateur.
Selon notre analyse, un poulet importé de Thaïlande émet 5,24 kg CO2e par kilo, contre 4,03 kg CO2e pour un poulet produit en France — soit 30% d'émissions en plus.
Trois facteurs expliquent cet écart :
En décomposant l'empreinte par poste d'émission, les émissions liées au transport sont multipliées par 2,9 pour le poulet thaïlandais, et celles liées à la transformation par 1,9. L'étape « ferme » reste le principal poste d'émission dans les deux cas, mais l'écart se creuse à chaque étape de la chaîne logistique.
Avec 7 milliards de repas servis chaque année en France (source : Circana), la restauration hors domicile représente un volume considérable, en pleine croissance — et pourtant largement absente des radars de la transition agricole et alimentaire.
Cette analyse s'appuie sur les bases de données Agribalyse 3.2, Ecoinvent 3.12, la Base Empreinte de l'ADEME et Agrifootprint 6.3, avec un calcul réalisé sous OpenLCA (méthode EF 3.1). Le facteur d'émissions de référence a été ajusté pour refléter les spécificités de la filière thaïlandaise : origine du blé et du maïs de la ration, mix électrique, distances de transport (y compris le fret maritime réfrigéré).
Un décret impose depuis 2022 d'afficher l'origine des viandes, mais la carte des origines reste souvent reléguée au fond de la salle. Pourquoi ne pas l'intégrer directement à la carte des menus, comme pour les allergènes ?
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Chez les industriels et grossistes, il est aujourd'hui impossible de distinguer un filet crispy français d'un produit importé. Cela suppose d'adapter plus d'une dizaine d'indicateurs géolocalisés — exactement le type de problème sur lequel nous travaillons chez Therismo.
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